Lundi 16 janvier 2006

a)    Notice bibliographique
        GHITALLA, Franck, « L’espace du document numérique », in Communication et langages, n° 126, décembre 2000, Paris, Armand Colin, 2000.

b)    L’auteur
        Linguiste de formation, Franck Ghitalla est maître de conférences en Sciences du langage à l’Université de technologie de Compiègne. Il est membre de COSTECH, Connaissances, Organisation et Systèmes TECHNiques, laboratoire de recherche de l’université. « Hypertexte et cognition » est un de ses champs de recherche.

c)    Résumé
        Franck Ghitalla s’interroge sur la valeur du changement apporté par le document numérique dans l’histoire des techniques : y a t-il eu rupture dans l’histoire des supports de communication ? Et comment ce changement se répercute-t-il sur les modalités de pensées associées à son utilisation ?
        La première question le conduit à examiner la différence de nature qui existe entre document papier et document numérique car, selon l’auteur, la « révolution » est d’abord d’ordre technique avant d’appeler d’autres enjeux. Il compare donc les deux supports sur ce plan. Il constate d’abord que l’imprimerie, malgré son impact sur la reproduction et la diffusion des documents imprimés, n’a pas induit de réels changements au niveau du support d’information qu’est le livre. Celui-ci est déterminé géographiquement par la surface de la feuille de papier qui accueille l’agencement des signes sémiotiques et dont les limites marquent celles du document. L’auteur constate que le document numérique n’est pas conditionné par cette unité de surface. Son organisation serait plutôt chronologique, voire géologique, puisqu’il est constitué d’un ensemble de couches calculatoires (codes binaires dont des programmes calculent la signification) organisées hiérarchiquement, dont l’écran n’est que le résultat visible. A la continuité physique du livre, il oppose la discontinuité constitutive du document numérique, qui est le produit de l’agencement d’éléments disparates et dont les frontières sont difficiles à déterminer (avec par exemple les liens hypertexte). Franck Ghitalla affirme que le mode d’utilisation du document est généré par sa nature technique : ainsi comme le document papier appelle le livre, il pense que le document numérique appelle le réseau. Il constate une homologie entre le document numérique le plus petit (le fichier) et le réseau le plus étendu (Internet), qui ont en commun leur morphologie technique.
        L’auteur remarque l’existence d’un lien entre organisation logique du contenu et organisation technique du support (roman et livre, article et journal, slogan et affiche…). Il pense donc que la nouveauté technique du document numérique appelle une organisation logique différente, fondée sur la fragmentation du contenu en unités sémiotiques nouvelles. Ce document, morphologiquement et logiquement différent, nécessite un mode de lecture inédit. Franck Ghitalla note deux aspects nouveaux dans l’exploitation des documents numériques. D’abord les signes actifs ne visent plus seulement à signifier un contenu, mais ils effectuent une action sur le document. Il remarque que l’ensemble de la page est potentiellement activable et que le repérage des zones d’activation est un paramètre essentiel de certaines stratégies de lecture, qui prime même sur la prise de connaissance du contenu. Le document n’est pas fait pour être lu attentivement mais pour être transformé. D’autre part, l’auteur s’intéresse au syndrome de désorientation qui accompagne la navigation. Il remarque que malgré les aides diverses que l’on peut concevoir, l’utilisateur doit développer une activité cognitive particulière où la mémoire, les facultés de repérage et de décision sont essentielles, afin de permettre l’exploitation des documents. Certains pensent que ce syndrome est lié à l’inexpérience des concepteurs d’interfaces et d’outils de navigation et qu’il devrait s’estomper à l’avenir. Pour Franck Ghitalla, le développement d’activités cognitives particulières marque la naissance de stratégies de lecture adaptées à la nature technique de ce support « discontinu et modifiable » qu’est le document numérique.

d)    Critique
        La question de la différence de nature entre papier et numérique est encore débattue aujourd’hui. Un des enjeux de cet article, et celui qui m’intéresse particulièrement, est d’examiner l’impact des caractéristiques de ce nouveau support sur l’activité cognitive de l’utilisateur. Gautier Poupeau, dans « L’édition électronique change tout et rien » (fiche de lecture n° 6) rappelait la nécessité de reprendre les acquis de l’histoire du livre pour améliorer la lisibilité du texte à l’écran. Au-delà de la lisibilité du texte, Franck Ghitalla interroge les manières d’appréhender le document numérique, qui diffèrent de ce qu’on appelle communément lecture. Ce sujet complexe ne peut être résolu en un article. Il fait appel aux recherches des psychologues autant que des professionnels de la communication. Mais il est important de rappeler à ceux qui conçoivent des documents numériques les particularités de ce support et les modalités de sa réception.
Par Dorothée - Publié dans : Fiches de lecture
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